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Monday, March 10, 2014

LUNDI SUR TERRE (10 mars 2014)

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 Le 10 mars 2014,


Chaque lundi, la rédaction de Fyldar Jones (c'est-à-dire, moi-même), vous propose désormais un petit condensé d'une partie des informations diffusées au cours de la semaine précédente, histoire de vous aider à lutter contre l'amnésie sélective, un mal qui frappe fatalement tout esprit soumis à une surcharge d'information.

Je vous invite à consulter les précédents épisodes de Lundi sur terre pour compléter les informations contenues dans cet article.

Bonne lecture.



* * * 





Ukraine : La date d'un référendum pour décider du rattachement de la Crimée à la Russie a été fixée au 16 mars 2014. Washington, qui a qualifié cette consultation populaire de "déni de démocratie", a décidé d'adopter de nouvelles sanctions contre Moscou et de renforcer sa présence militaire en mer Noire comme en Pologne. L'Union européenne est plus partagée sur l'attitude à adopter, malgré sa décision de s'aligner sur la position américaine, l'économie du vieux continent étant encore très dépendante du gaz russe, entre autres raisons.

De son côté, la Russie maintient sa présence militaire en Crimée ainsi que dans l'est de l'Ukraine, alors que la Banque centrale de Russie a entrepris de retirer une grande partie de ses actifs placée dans les banques américaines, après avoir procédé a une vente record de réserves de dollars américains pour soutenir le rouble. Un mandat d'arrêt international a en outre été lancé par Moscou contre Dmitri Yaroch, le chef du groupe radical ukrainien Pravy Sektor.

En Ukraine, la légitimité du nouveau pouvoir soulève de plus en plus d'interrogations sur la scène internationale : la rumeur concernant de tireurs d'élite aux ordres des pro-européens qui auraient ouvert le feu sur leurs propres manifestants pour mettre le feu aux poudres commence à faire son chemin, alors que certaines mesures mises en œuvre par le gouvernement de transition, qualifiées d'antirusses par Moscou, semblent dissimuler une volonté des putschistes d'effectuer un virage libéral en passant par une batterie de coupures conséquentes dans les dépenses sociales. Des manifestations pro-russes ont eu lieu dans un calme relatif en Crimée ainsi que dans l'est du pays.




Golfe arabique : L'Arabie Saoudite, les Émirats arabes unis et Bahrein ont rappelé leurs ambassadeurs respectifs en mission au Qatar. Les tensions entre les pays du golfe Arabique semblent se focaliser sur le soutien qatari aux Frères musulmans, désormais officiellement considérés comme une organisation terroriste par Riyad, qui rejoint donc la position égyptienne sur ce dossier. Mais cette rupture avec Doha pourrait tout aussi bien être une réponse au rapprochement furtif de la petite péninsule avec l'Iran sur le dossier syrien, mais qui contraste avec les déclarations récentes du Premier ministre irakien, Nouri al Maliki, qui a accusé, le samedi 8 mars 2014, l'Arabie Saoudite et le Qatar de soutenir le terrorisme dans son pays. De son côté, la Ligue arabe, qui rassemble tous les protagonistes de cet imbriglio diplomatique à l'exception de l'Iran a adopté dimanche une résolution qui rejette les demandes d’Israël réclamant que les Palestiniens reconnaissent l’existence d’un État juif.




Rwanda/Afrique du Sud : Trois diplomates rwandais accusés d'espionnage ont été expulsés par Pretoria dans le cadre d'une affaire concernant le récent cambriolage de la résidence du général Nyamwasa, un des fondateurs du Front patriotique rwandais en exil depuis 2010, ainsi que de l'assassinat, le 1er janvier 2014 à Johannesbourg. de Patrick Karegeya, ancien chef des renseignements ougandais et rwandais. De son côté, Kibali a décidé d'expulser six diplomates sud-africains pour le même motif. À noter que l'opposition rwandaise, en exil, s'est réuni fin février à Bruxelles pour tenter de coordonner son action et semble aussi bénéficier du soutien de Washington. Vingt ans plus tard, les dessous du génocide des Tutsi continuent d'agiter la politique rwandaise, membre du Commonwealth depuis 2009. Connu pour sa forte dépendance agricole, le Rwanda est également concerné par la problématique minière de la région du lac Kivu.




Venezuela : Le gouvernement Maduro a rompu en milieu de semaine ses relations diplomatiques avec le Panama, suite à l'appel du ministère des affaires étrangères panaméen d'impliquer l'Organisation des États Américains (l'OEA) dans la résolution de la crise qui secoue le Venezuela depuis plusieurs mois. De son côté, l'ONU a manifesté sa volonté d'enquêter sur les violences commises en marge des manifestations qui ont lieu dans le pays et qui tournent à l'affrontement entre opposants et partisans au pouvoir, un an après le décès du Président Hugo Chávez. Un militaire et un civil ont par ailleurs trouvé la mort le 6 mars 2014 après avoir été pris pour cible par un tireur embusqué. Rappelons que le président Maduro a été élu président de la République bolivarienne du Venezuela le 14 avril 2013 à 50.62% des voix face à Henrique Capriles et que la thèse de la déstabilisation du pays par l'intermédiaire du secteur privée n'est pas dénuée de tout fondement.




Égypte/Palestine/Israël : La justice égyptienne a ordonné l'interdiction pour le Hamas d'exercer toute forme d'activité en Égypte, le mardi 4 mars 2014. Cette interdiction entraine de facto la fermeture des organes de représentation locale du mouvement. Moussa Abou Marzouk, numéro 2 de l'organisation palestinienne résidant au Caire pourrait même faire l’objet d’un mandat d’arrêt dans les prochaines semaines. L'homme avait été l'un des principaux artisans de la réorganisation du mouvement en 1989. Le Hamas est soupçonné par le gouvernement égyptien de comploter "en vue de mener des actions violentes sur le territoire égyptien." Des manifestations ont eu lieu à Gaza pour protester contre cette décision de justice. À noter que celle-ci intervient quelques jours après l'annonce de la démission du gouvernement intérimaire du Premier ministre Hazem El-Beblawi, qui ne concerne toutefois pas le maréchal Abdel Fattah Khalil al-Sissi, actuel vice-premier ministre, chef des forces armées égyptiennes et candidat déclaré à la prochaine élection présidentielle dont la loi électorale qui en règle les modalités a été approuvée en fin de semaine par le Président par intérim Adli Mansour.



* * *


Économie : Semaine indécise sur les marchés internationaux, les investisseurs étant tour à tour influencés par les conséquences de la crise ukrainienne et les chiffres encourageants de l'emploi aux États-Unis. Le manque à gagner astronomique provoqué par l'économie de l'ombre continue de son côté à laisser tout ce beau monde indifférent.


Banques : Les établissements grecs auraient besoin de 6.4 milliards d'euros pour procéder à leur recapitalisation. La santé des banques, ça n'a pas de prix! Pendant ce temps, la dégradation du système de santé du pays bat des records olympiques.


Cinéma : Toujours pas d'Oscar pour Leonardo Di Caprio, pourtant nominé pour la récompense du meilleur acteur pour son interprétation dans "The Wolf of Wall Street" de Martin Scorsese. En plus, il n'est même pas dans la selfie la plus twittée du monde. Décidément, ce type me plaît de plus en plus.


Sports : Les jeux paralympiques d'hiver, édition 2014, ont débuté le 7 mars à Sotchi. Avec un peu de retard, une horde de professeurs émérites ont sauté sur l'occasion pour gratifier les lecteurs du journal Le Monde d'un phamplet appelant au boycott de cette manifestation. On notera l'absence de BHL dans la liste des auteurs. Les handicapés compteraient-ils pour du beurre aux yeux du grand.. hum.. philosophe?


Sciences : Les Européens ne valent pas mieux que les Américains pour ce qui est de la maîtrise des connaissances scientifiques de base selon une enquête de l'eurobaromètre datant de 2005, déterrée par Slate. Faites le test!


Société : Le 8 mars était l'occasion de célébrer une fois encore la journée internationale de la femme, une invention que l'humanité doit à ce cher Lénine. Au nom de l'égalité des sexes et du principe de non-discrimination entre hommes et femme, j'ai donc allégrément boycotté cette manifestation aussi réactionnaire qu'anachronique. Mais non, je rigole... ou pas.


Fyldar Jones
Sexssayiste au cacao

Photos :
1) Levé de soleil à Brotherstone Hill, geograph.
2) Cité industrielle de Zaporizhzhva. Flickr.
3) Salle du conseil de la Ligue Arabe, Europe 1
4) Une rive du lac Kivu, Kivutravel.
5) Hugo Chávez, Hern.over-blog.
6) Le Maréchal El-Sissi, Le Monde.

Wednesday, March 5, 2014

UN DESSIN PAR SEMAINE (Épisode 2)


 La crise frappe tout le monde!


Contexte : Quand j'étais jeune, je lisais dans Images Doc que les réserves de pétrole et de gaz commenceraient sérieusement à s'épuiser dans une quarantaine d'années, grosso modo. C'était il y a 20 ans et nous étions encore 5 milliards et des patates. Aujourd'hui, nous sommes plus de 7 milliards et mon petit doigt me dit que c'est la panique généralisée parmi les concurrents de la grande course au pouvoir, au confort et au progrès. Que les populations civiles se rassurent : elles seront, comme d'habitude, les premières à trinquer.


Fyldar Jones,
Sexssayiste scribouillard


Sunday, February 23, 2014

SOTCHI A BON DOS



L'édition 2014 des Jeux Olympiques d'hiver, qui se déroulent depuis deux semaines à Sotchi, ville et station balnéaire du krai de Krasnodar (l'équivalent d'un département en France), se terminent dans quelques heures. La cérémonie de clôture aura lieu ce soir à 20 h, heure locale (UTC/GMT + 04:00) et tournera une nouvelle page de cette compétition d'inspiration nordique qui rend hommage aux sports d'hiver depuis 1924, soit pile 90 ans.

Au-delà de quelques embrouilles d'ordre folklorique, comme la polémique entourant la médaille d'or de la patineuse Adelina Sotnikova, le report de certaines épreuves pour cause de brouillard intempestif, ou encore le fouetté cosaque de Pussy Riot, la compétition se sera finalement déroulée dans une bonne ambiance et sans incident majeur. Pourtant, le pari était plus que risqué pour plusieurs raisons, soulevées avec plus ou moins de sincérité par une certaine presse, essentiellement occidentale. Les principaux griefs avancés par celle-ci s'articulaient sur trois axes majeurs, qu'il est possible de résumer ainsi :

1) Le caractère antidémocratique de la Russie.
2) L'incompatibilité de la région de Sotchi avec les sports d'hiver.
3) Ces jeux sont une vitrine géopolitique au service de Vladimir Poutine.

Si ces arguments vous semblent aussi fondés que légitimes, je vous prie tout d'abord de considérer la petite carte ci-dessous (Les cercles de couleur rouge représentent les zones de conflit, le cercle de couleur verte représente le site des Olympiades) :



 En bref et de façon non exhaustive :

+ La Syrie est en guerre contre l'Occident et les pétromonarchies arabes depuis 2011.
+ Le Liban est indirectement impliqué dans cette guerre et est victime d'attentats à une cadence soutenue depuis fin 2013.
+ La Turquie est directement impliquée dans cette guerre. Son gouvernement a dû faire face à de violentes manifestations de la société civile et doit désormais faire face aux retombées d'un scandale politico-financier de grande ampleur.
+ La Géorgie est dans une situation particulière depuis 2008, deux de ses provinces ayant été reconnues unilatéralement comme indépendantes par la Russie. Le conflit est en suspens.
+ L'Ukraine file tout droit vers une guerre civile suite au débarquement du président, hier, 22 février 2014 (on admirera le timing du pic de la crise avec les J.O.).
+ Les attentats de Volgograd, survenus quelques semaines avant le début des J.O. sont une conséquence directe de la guerre secrète que se sont déclaré Saoudiens et Russes en marge du conflit syrien.


Le point commun entre ces conflits : l'implication des Européens et des Etasuniens d'un côté, des Russes et de leurs alliés de l'autre. Les premiers utilisent des mouvements de contestations populaires pour les détourner à leur avantage, les seconds aident les dirigeants plus ou moins légitimes à se blinder. Vous remarquerez la position très centrale de Sotchi sur cette carte.

Pour parachever votre compréhension du problème, je vous prie de bien vouloir considérer également la carte suivante ainsi que le blog de son auteur.





En clair, il ne s'agit pas ici de chercher à savoir qui est dans son droit ou qui a tort, ni de développer la problématique de l'exploitation des ressources et leur acheminement, mais plutôt de se donner les moyens, sans sombrer dans la paranoïa compulsive, d'analyser calmement certaines données générales contenues dans le problème, afin de commencer à comprendre pourquoi telle ou telle presse ou pouvoir politique prendra telle ou telle position tranchée sur un dossier donné et de chercher à approfondir sur le sujet.


Pour en revenir aux arguments opposés par certains Occidentaux pour critiquer les Jeux Olympiques d'hiver de Sotchi, voici ce que l'ont pourrait faire remarquer à leurs auteurs, toujours en bref :

1) Sur le caractère anti-démocratique de la Russie : Alors certes, la pirouette de Vladimir Poutine, ancien membre du KGB, pour réintégrer son costume de président sans abîmer la constitution russe est un modèle du genre. Ceci dit, l'Union Européenne, qui permet à des dirigeants très liés au monde de la finance, de déposséder en toute légalité des populations entières de leur souveraineté nationale même en l'absence de soutien populaire, n'est pas non plus ce que l'on pourrait appeler un exploit en matière de démocratie. La situation des États-Unis, pays dans lequel le président de la République est élu au suffrage universel indirect est aussi sujette à caution sur ce plan. Enfin, les amitiés entre ces deux puissances occidentales et certaines monarchies absolues (Arabie Saoudite) ou constitutionnelles (Angleterre, Jordanie, Maroc) devraient poser de sérieux problèmes de conscience aux esprits véritablement humanistes qui compteraient encore dans les rangs occidentaux.

2) Sur l'incompatibilité de la région de Sotchi avec les sports d'hiver : Cet argument est à double tranchant pour toute presse alignée qui s'en prévaudrait, dans la mesure où la décision de confier l'édition 2022 de la Coupe du Monde de Football au Qatar avait tout au plus donné lieu à un menuet de protestations mesurées. Or, si Sotchi a effectivement dû abuser du canon à neige pour tapisser ses pistes, la faute à la douceur naturelle de son climat, il est question, pour le Qatar de construire de stades climatisés (!) voire même de décaler toutes les compétitions annuelles de football à travers le monde pour permettre à cet évènement de se dérouler en hiver (!!). Dénoncer l'un en oubliant l'autre pose donc un sérieux problème de cohérence.

3) Ces jeux sont une vitrine géopolitique au service de Vladimir Poutine : Les deux cartes présentées plus haut démontrent bien que les enjeux politiques de la région dépassent largement le cadre d'une simple manifestation sportive, fut-elle olympique. Le choix de Sotchi corrobore en effet la volonté du gouvernement russe de créer un nouveau pôle dans le Caucase en profitant de la manne faramineuse qui se cache derrière le contrôle des flux d'énergies fossiles dans la région. Cet argument nie aussi la dimension éminemment géopolitique des Jeux Olympiques depuis leur création pendant l'Antiquité, en plus d'oublier que ce sont ces mêmes motifs géopolitiques qui ont poussé la presse et la classe politique occidentale à rivaliser de discrétion lors de l'épisode du Grand Prix de Formule 1 de Bahreïn, en 2010. La logique suit donc la conscience et la cohérence dans la fosse commune de la sincérité intellectuelle.


Je terminerai en alertant le lecteur sur cet article du Nouvel Obs, rédigé au lendemain des festivités d'ouverture des Jeux, avec un ordre à peine camouflé faisant office de titre "SOTCHI 2014. Pollution, corruption, expropriations : ces JO sont une farce, ignorons-les." et une menace en conclusion, que je me permets de bien isoler du reste du paragraphe pour souligner l'incroyable dérapage qu'il cristallise :

"A vous de choisir votre camp."

Pour ma part, je m'autorise simplement à rappeler que ce n'est pas avec les tripes qu'on a inventé le schmilblick et invite tout un chacun à prendre du recul avant de sauter sur une quelconque conclusion, surtout quand votre interlocuteur, fut-il un organisme de presse, mélange allègrement Logos et Pathos.


Fyldar Jones
Sexssayiste formalisé

Photo : Extrait de la cérémonie d'ouverture des jeux.

Contexte : Les Jeux Olympiques de Sotchi arrivent à leur terme, libérant ainsi les mains du gouvernement russe dont les observateurs attendent désormais la réponse sur le terrain sur les dossiers syrien et ukrainien. Rappelons que la plupart des dirigeants occidentaux impliqués dans ces deux conflits ont boycotté la manifestation, ce qui n'a pas empêché leurs athlètes de briller sur le plan sportif.