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Tuesday, July 29, 2014

LA POUTRE ET LA PAILLE


Évolution de la zone maritime de la bande de Gaza depuis 94


Ah! Les réseaux sociaux... Ces endroits virtuels plus vrais que nature dans lesquels l'on peut tomber sur des articles qu'on aurait jamais été chercher soi-même, pour éviter ces désagréables remontées acides dont l'âge et l'époque se disputent la paternité.

Hier, j'ai eu l'occasion de lire ça : http://www.slate.fr/story/90303/israel-hamas-clarte-morale-amnesie

Je vous laisse en prendre connaissance. Quand vous aurez fini, je vous invite à découvrir pourquoi j'estime que le rédacteur de l'article en question n'a soit rien compris à la géopolitique, soit a fait preuve d'un époustouflant manque de rigueur et de sincérité intellectuelle en le rédigeant.

Z'êtes prêts? C'est parti :






1) Le Hamas a certes refusé le cessez-le-feu proposé par l'Égypte, mais il faut aussi reconnaître que la proposition du général Sissi n'était, ni plus, ni moins, qu'un marché de dupes pour le Hamas et les Palestiniens, pour trois raisons au moins :


* La première, c'est que le gouvernement égyptien est l'ennemi objectif du Hamas. C'est en effet à la suite du coup d'État contre les frères musulmans, sous prétexte que ces derniers étaient en train de vrendre une partie du Sinaï à la milice palestinienne, que Sissi a pris le pouvoir. L'Égypte est aussi le partenaire privilégié d'Israël en ce qui concerne le blocus de la bande de Gaza, entre autres arrangements entre amis.

* La deuxième, c'est que le cessez-le-feu appelait les deux parties à la table des négociations. Pas besoin d'être devin pour imaginer qu'une fois attablé, le gouvernement israélien aurait exigé le désarmement du Hamas comme préalable à toute trève. Or, désarmer le Hamas, c'est enlever le dernier frein à la colonisation israélienne de la bande de Gaza.

* Enfin, l'attitude israélienne sur le dossier rendrait pessimiste n'importe quel diplomate sur le succès d'une négociation équilibrée entre les deux parties. Le trouble autours de la vérité sur la mort des trois israéliens dont la mémoire a été sali au nom d'un prétexte guerrier, le nombre incommensurable de résolutions de l'ONU violées par Israël depuis 1948, le blocus arbitraire avec l'affaire des deux flottilles humanitaires, l'assassinat de Y.Rabin par un extrémiste israélien avant la seule tentative de paix qui a failli aboutir depuis 48, le prétexte de l'union du Fatah avec le Hamas pour adresser une fin de non-recevoir à un éventuel plan de paix… Honnêtement, qui voudrais négocier avec un partenaire aussi capricieux, véritable enfant-roi de la communaute internationale?

L'argument derrière lequel le gouvernement de Netanyahou se réfugie pour adresser ses fins de non-recevoir, est que le Hamas refuse de reconnaître l'État d'Israël. Même que ce serait noté dans ses statuts. Mais la politique coloniale illégale dont se rend coupable le même gouvernement depuis des décennies invalide automatiquement cet argument et justifie même, sur le fond, toute forme de radicalisation palestinienne à l'égard de l'existence de l'État hébreu.

Parce que coloniser la Palestine en douce, c'est implicitement ne pas la reconnaître.

Bref, tout ça revient à considérer que le Hamas serait une milice de résistance véritablement authentique. Mais les choses sont encore plus complexes.






2) Israël est un partenaire objectif des puissances du Golfe arabique, lesquelles financent des milices dites djihadistes, qui ne sont, ni plus ni moins que des bandes de mercenaires armés dont la tâche consiste à :


* Déstabiliser les états voisins de l'Arabie Saoudite, du Qatar, d'Israël et des bases américaines (et, dans une moindre mesure, britanniques). Globalement : tout ce qui n'est pas un royaume à consonnance sunnite. Pourquoi sunnite? Parce que ces derniers sont majoritaires au Moyen-Orient et que la doctrine wahhabite est une merveille pour qui souhaite contrôler une population à travers l'abrutissement des masses, la terreur et l'esclavage. Or, le capital adore ce qui est docile et ne coûte pas cher, surtout quand il est loin de chez lui.

* Chasser/exterminer/intimider les autres communautés (druzes, alaouites, maronites, coptes, kurdes, chiites, arméniens...). On a pu voir que ces milices s'emploient tout aussi bien à couper des têtes de façon ostentatoire qu'à détruire les vestiges de civilisations qui ne sont, généralement, ni d'origine juive, ni d'origine sunnite. Cela dit, la ficelle est désormais tellement grosse qu'il va devenir de plus en plus compliqué pour ces extrêmistes soit disant mûs par la passion d'Allah de justifier leur prise de position :
- Le Baghdadi (dont le Times est sans doute le meilleur agent publicitaire) qui sort que "Dieu ne lui a pas demandé d'attaquer Israël";
- Je ne sais plus quel prédicateur du "printemps syrien" a récemment donné écho en reprochant aux Palestiniens de s'être attaqué à l'État hébreu au lieu de tomber sur Bachar ;
- Les Royaumes du Golfe qui regardent (une fois de plus) leurs correligionnaires se faire tirer comme des lapins sans broncher.
Bref, le boniment ne tient plus que par la grâce du matraquage, qu'il soit intellectuel, physique ou financier.

* Faire tourner le commerce des armes, celui dont personne ne parle jamais mais qui finance toute la politique de l'ombre depuis Mathusalem. En profiter pour mettre la main sur les ressources et faire bosser le monde pas cher en réduisant le niveau de développement à néant. C'est ce qui se fait aussi en Afrique, par les mêmes.


On apelle ça "Gouverner par le chaos." Dans cette perspective, on peut imaginer que le Hamas est une de ces marionnettes, destiné à donner les moyens à Israël de faire la promotion de son bouclier anti-missile, histoire de le refourguer à son partenaire Arabe, tout en déblayant le terrain pour ss futures colonies.

Mais les choses ne sont pas figées et la montée en puissance de l'Iran (ainsi que son ouverture via Rohani) font que la marionnette des uns hier, celle qui devait mettre les bâtons dans les roues d'Arafat, est sans doute devenue celle des autres, celle qui doit progressivement mettre les chiites en position de se lancer dans une nouvelle guerre fratricide contre les sunnites de grande ampleur, dont Israël let les américains seraient les seuls bénéficiaires, à terme. Est-ce que ça aboutira? Après les leçons des deux guerres irako-iraniennes, rien n'est moins sûr.

Enfin, le Hamas a peut-être évolué vers une certaine autonomie/indépendance, comme le Hezbollah, mais honnêtement, je manque d'éléments pour appuyer cette hypothèse avec certitude. Dans ce cas de figure, on assistrait sans doute à un renversement de la situation dans la région, allant dans le sens du déclin de l'Occident et donc d'Israël.


Bref, dans cette histoire, tous les gros protagonistes (Iran/Usa/Isrël/France/Grande-Bretagne/Arabie Soaudite/Qatar/Russie...) sont donc partenaires/concurrents sur le même marché (arme/pétrole/gaz...). Ce qui revient à dire que, comme les autres, Israël à tout intérêt à poursuivre le conflit jusqu'à un certain point, car une fois Gaza en ruine, il sera beaucoup plus facile de pousser ses habitants vers la sortie. À raison d'une offensive irraisonnée tous les deux ans, il n'est pas absurde de penser que tout doute à ce sujet puisse être raisonnablement écarté.






 3) "Gaza nest plus occupé depuis 2005". "Tsahal est une armée morale", "Israël a le droit de se défendre", "Le Hamas utilise des boucliers humains". Toutes ces belles paroles sont autant d'arguments creux dépourvus de la moindre parcelle d'objectivité et - faut-il le préciser- de moralité.

* "Gaza nest plus occupé depuis 2005" : Gaza est cerné depuis près de 7 ans. Le blocus enterre toutes les initiatives de développement, y compris celles qui permettraient aux Palestiniens de profiter du gaz contenu dans leur sous-sol. La plupart de l'approvisionnement se fait dans la clandestinité, la police israélienne s'octroie des pouvoirs administratifs coercitifs de façon arbitraire sur la population palestinienne. Bref, pour des gens qui prétendent avoir beaucoup souffert du nazisme, je trouve que les fils de Sion n'ont pas grand chose à envier aux fascistes.

* "Tsahal est une armée morale" : Une armée morale ne m'aurait pas donné l'occasion de développer à charge jusque-là. En fait, une armée morale va de pair avec un gouvernement moral et le refus israélien de tenter de s'intégrer pacifiquement dans la région, avec l'assassinat de Rabin en point d'orgue, prouve bien que ces gens-là ont une idée plutôt flexible de la morale. Et encore, je n'aborde pas la question des femmes enceintes et des gamins tirés comme des pigeons...

* "Israël a le droit de se défendre" : Inversion victimaire tellement grossière au regard de l'écrasant avantage financier et militaire d'Israël par rapport à la Palestine (sans parler de la corruption internationale qui joue en sa faveur), que je vais éviter de perdre plus de temps à répondre à cette ineptie.

* "Le Hamas utilise des boucliers humains" : Mon préféré. Israël a utilisé la mémoire des déportés et la corde sensible des descendants de ces derniers pour légitimer 70 ans d'apartheid, de massacre, de colonisation et de corruption. Les quelques hommes politiques qui ont essayé de faire autre chose se sont soit faits dégommer, soit se sont faits gentiment calmer (la dernière en date, Tzipi Livni).





En conclusion :

Loin d'êtres enfants de cœur, les troupes du Hamas (du moins celle qui sont palestiniennes, parce que le mercenariat est l'autre partie immergée de l'iceberg du trafic d'arme que les médias font mine de ne pas voir) ont, sur le principe, toutes les justifications historiques, morales et humaines pour s'en prendre à Israël. Le font-ils pour la bonne cause ou pour les affaires? Sont-ils des pions ont des acteurs? Toutes ces questions passent malheureusement au second plan face à l'attitude israélienne (et de la communauté internationale qui soutien son gouvernement). Israël a en effet l'entière responsabilité de ce conflit, comme des précédents, parce que cet État est fondé sur une spoliation qui trouve de nébuleuses justifications historiques, dont certaines vieilles de plusieurs centaines d'années, totalement irrecevables et a savamment entretenu la spirale d'une violence trouvant sa source dans une forme assez virulente de racisme depuis les prémisses de sa création.

Dans cette optique, il est évident que la destruction de Gaza ne profitera qu'à Israël, malgré ce que les gesticulations intellectuelles de Slate essayeront de faire croire à leurs lecteurs.

Enfin, il serait de bon ton que les européens dont les gouvernements soutiennent Israël et qui sont même passivement d'accord avec cette position (comprendre "neutres"), cessent de se gargariser avec la deuxième guerre mondiale, la déportation ou l'holocauste, parce que dans ce contexte, la posture ne se distingue désormais, ni plus, ni moins que par son extraordinaire hypocrisie.



Fyldar Jones
Sexssayiste au thorium


Photos

1) Ism-France.org
2) Hostingpics.com
3) Lpcdn.ca
4) Lelibrepenseu.org
5) Doctissimo

Friday, March 7, 2014

LAST ACTION PRESIDENT



L'heure est grave!

La plus grande démocratie de la galaxie, les États-Unis d'Amérique, a été infiltrée par une horde de crocodiles cosmiques. Ces monstres venus de l'espace veulent éradiquer la race humaine en provoquant une Troisième guerre mondiale.

Ces immondes créatures, reconnaissables à leur cuir escamotable et à leurs larmes factices, œuvrent dans l'ombre pour mener leur terrible plan à exécution. Toute forme de contestation est considérée comme hérétique, lorsqu'elle n'est pas purement et simplement détournée au profit de ces infâmes reptiles.

Alors que l'Humanité semble perdue, un homme décide de se dresser contre l'envahisseur. 

Un homme, qui a jadis vécu au service de ces monstres mais qui a réussi à briser ses chaînes.
Un homme, qui a compris qu'on ne pouvait pas être libre sans défier ses maîtres.
Un homme, qui a décidé de s'offrir une paire de mocassins avec la peau de ses ennemis.

Cet homme, c'est Vladimir Poutine.
VLADIMIR POUTINE EST LE LAST ACTION PRESIDENT!

(Bientôt en hyper 3D dans un cinéma de votre quartier.)




J'imagine que vous vous posez la question suivante : l'auteur de cette parodie de bande-annonce est-il un admirateur hystérique de l'actuel président russe ou bien un féroce détracteur qui cherche à tourner ce dernier en ridicule? Je mets donc fin au suspense : la réponse se situe entre les deux.

Au-delà de la morale et du parti pris, il faut reconnaître une chose : Vladimir Poutine est à l'iconographie du cinéma américain ce que François Mitterrand était à la constitution française de 1958, c'est-à-dire, son meilleur disciple. Cela fait maintenant des années que l'homme fort du Kremlin travaille son image d'action man, tant sur le plan politique qu'au niveau de sa communication : Poutine le judoka, Poutine le chasseur, Poutine le cavalier, Poutine l'ami des bêtes, Poutine le roi de la gâchette, Poutine le skieur... À côté de lui, la bonhommie pataude du coureur de jupons François Hollande ou l'aura pâlichonne d'archevêque de l'antiracisme de gala Barack Obama, c'est de la roupie de sansonnet.

Il suffit de se promener cinq minutes sur la toile pour s'en rendre compte : chacune des précédentes crises qui ont opposé la Russie aux Occidentaux depuis les années 2000 n'ont fait que renforcer un sentiment d'admiration assez irrationnel envers Vladimir Poutine chez la plupart des opposants à la politique atlantiste de Washington et ses alliés, notamment en Europe et dans les pays arabes. Quand ses adversaires tentent désespérément de l'associer à Adolf Hitler, une tactique aussi éculée que puérile, ses fans en font un joueur d'échecs, un dresseur de grizzly ou un commandant en chef à mi-chemin entre Ed Harris et Daniel Craig. Staline doit être envieux : avec le culte de la personnalité façon Poutine, plus besoin de statues géantes et de goulags. Une partie de la population mondiale qui n'a aucun lien avec l'homme, son pays ou sa culture, se charge désormais de faire le boulot à sa place.




Le Président russe peut remercier ses ennemis pour ce franc succès. C'est en effet grâce à leur schizophrénie qui allie sans scrupules laïus humaniste et perfidie vénale, que l'homme qui voulait jadis traquer les terroristes tchétchènes "jusque dans les chiottes" a réussi à troquer l'image du sombre malfrat post-soviétique pour celle de l'homme fort du moment, candidat au prix Nobel de la paix pour la seconde fois consécutive.

Cela étant dit, il faut raison garder : Vladimir Poutine est avant tout un chef d'État qui a repris le contrôle d'un pays laissé en pâture aux charognards après la chute fracassante de l'URSS. Il serait dommage que les inconsistances de "l'axe du bien" nous fassent oublier que cet homme travaille d'abord pour les cercles du pouvoir russe. Il n'est d'ailleurs pas impossible, au cas où la crise ukrainienne lui permettrait de marquer des points décisifs contre son meilleur ennemi, que l'homme fasse déchanter ses supporters les plus acharnés en tuant son propre mythe de rempart au déclin de l'Occident. N'oublions pas que les nouveaux nerfs de la guerre sont désormais les énergies fossiles et l'eau potable et qu'aucun d'entre nous ne dispose d'informations précises sur l'état actuel des stocks mondiaux.

Bref, comme l'a dit un jour un anonyme éclairé : "Méfiez-vous d'une personne trop compétente, elle risque de manquer d'humanité."

En attendant, rien ne nous empêche de rigoler un bon coup





Fyldar Jones
Sexssayiste mammaire

PS : Je ne crois pas aux reptiliens. Pour moi, ce sont les chats qui gouvernent la terre et les cafards qui cherchent à l'envahir.


Photos
1) Montage de mon cru 
2) Poutine prends le maquis, alert2neg
2) Poutine "chessmaster" Agence Info Libre
4) Caricature, Patriot Post

Contexte : Le bras de fer russo-américain continue en Ukraine. Les deux pays s'échangent des critiques acerbes, alors que l'armée russe a considérablement renforcé sa présence militaire en Crimée. La présence de mouvements d'extrême droite au sein de la coalition putschiste de Kiev n'est plus contestée par les Occidentaux, alors que la Russie a émis un mandat d'arrêt contre l'un de ses hommes forts, pour terrorisme. Sur le net, Vladimir Poutine gagne la bataille des photomontages et autres parodies, alors que la récente intervention d'Hillary Clinton confirme que l'occident est à court d'idées pour justifier le bien-fondé de sa position sur ce dossier.


Sunday, February 23, 2014

SOTCHI A BON DOS



L'édition 2014 des Jeux Olympiques d'hiver, qui se déroulent depuis deux semaines à Sotchi, ville et station balnéaire du krai de Krasnodar (l'équivalent d'un département en France), se terminent dans quelques heures. La cérémonie de clôture aura lieu ce soir à 20 h, heure locale (UTC/GMT + 04:00) et tournera une nouvelle page de cette compétition d'inspiration nordique qui rend hommage aux sports d'hiver depuis 1924, soit pile 90 ans.

Au-delà de quelques embrouilles d'ordre folklorique, comme la polémique entourant la médaille d'or de la patineuse Adelina Sotnikova, le report de certaines épreuves pour cause de brouillard intempestif, ou encore le fouetté cosaque de Pussy Riot, la compétition se sera finalement déroulée dans une bonne ambiance et sans incident majeur. Pourtant, le pari était plus que risqué pour plusieurs raisons, soulevées avec plus ou moins de sincérité par une certaine presse, essentiellement occidentale. Les principaux griefs avancés par celle-ci s'articulaient sur trois axes majeurs, qu'il est possible de résumer ainsi :

1) Le caractère antidémocratique de la Russie.
2) L'incompatibilité de la région de Sotchi avec les sports d'hiver.
3) Ces jeux sont une vitrine géopolitique au service de Vladimir Poutine.

Si ces arguments vous semblent aussi fondés que légitimes, je vous prie tout d'abord de considérer la petite carte ci-dessous (Les cercles de couleur rouge représentent les zones de conflit, le cercle de couleur verte représente le site des Olympiades) :



 En bref et de façon non exhaustive :

+ La Syrie est en guerre contre l'Occident et les pétromonarchies arabes depuis 2011.
+ Le Liban est indirectement impliqué dans cette guerre et est victime d'attentats à une cadence soutenue depuis fin 2013.
+ La Turquie est directement impliquée dans cette guerre. Son gouvernement a dû faire face à de violentes manifestations de la société civile et doit désormais faire face aux retombées d'un scandale politico-financier de grande ampleur.
+ La Géorgie est dans une situation particulière depuis 2008, deux de ses provinces ayant été reconnues unilatéralement comme indépendantes par la Russie. Le conflit est en suspens.
+ L'Ukraine file tout droit vers une guerre civile suite au débarquement du président, hier, 22 février 2014 (on admirera le timing du pic de la crise avec les J.O.).
+ Les attentats de Volgograd, survenus quelques semaines avant le début des J.O. sont une conséquence directe de la guerre secrète que se sont déclaré Saoudiens et Russes en marge du conflit syrien.


Le point commun entre ces conflits : l'implication des Européens et des Etasuniens d'un côté, des Russes et de leurs alliés de l'autre. Les premiers utilisent des mouvements de contestations populaires pour les détourner à leur avantage, les seconds aident les dirigeants plus ou moins légitimes à se blinder. Vous remarquerez la position très centrale de Sotchi sur cette carte.

Pour parachever votre compréhension du problème, je vous prie de bien vouloir considérer également la carte suivante ainsi que le blog de son auteur.





En clair, il ne s'agit pas ici de chercher à savoir qui est dans son droit ou qui a tort, ni de développer la problématique de l'exploitation des ressources et leur acheminement, mais plutôt de se donner les moyens, sans sombrer dans la paranoïa compulsive, d'analyser calmement certaines données générales contenues dans le problème, afin de commencer à comprendre pourquoi telle ou telle presse ou pouvoir politique prendra telle ou telle position tranchée sur un dossier donné et de chercher à approfondir sur le sujet.


Pour en revenir aux arguments opposés par certains Occidentaux pour critiquer les Jeux Olympiques d'hiver de Sotchi, voici ce que l'ont pourrait faire remarquer à leurs auteurs, toujours en bref :

1) Sur le caractère anti-démocratique de la Russie : Alors certes, la pirouette de Vladimir Poutine, ancien membre du KGB, pour réintégrer son costume de président sans abîmer la constitution russe est un modèle du genre. Ceci dit, l'Union Européenne, qui permet à des dirigeants très liés au monde de la finance, de déposséder en toute légalité des populations entières de leur souveraineté nationale même en l'absence de soutien populaire, n'est pas non plus ce que l'on pourrait appeler un exploit en matière de démocratie. La situation des États-Unis, pays dans lequel le président de la République est élu au suffrage universel indirect est aussi sujette à caution sur ce plan. Enfin, les amitiés entre ces deux puissances occidentales et certaines monarchies absolues (Arabie Saoudite) ou constitutionnelles (Angleterre, Jordanie, Maroc) devraient poser de sérieux problèmes de conscience aux esprits véritablement humanistes qui compteraient encore dans les rangs occidentaux.

2) Sur l'incompatibilité de la région de Sotchi avec les sports d'hiver : Cet argument est à double tranchant pour toute presse alignée qui s'en prévaudrait, dans la mesure où la décision de confier l'édition 2022 de la Coupe du Monde de Football au Qatar avait tout au plus donné lieu à un menuet de protestations mesurées. Or, si Sotchi a effectivement dû abuser du canon à neige pour tapisser ses pistes, la faute à la douceur naturelle de son climat, il est question, pour le Qatar de construire de stades climatisés (!) voire même de décaler toutes les compétitions annuelles de football à travers le monde pour permettre à cet évènement de se dérouler en hiver (!!). Dénoncer l'un en oubliant l'autre pose donc un sérieux problème de cohérence.

3) Ces jeux sont une vitrine géopolitique au service de Vladimir Poutine : Les deux cartes présentées plus haut démontrent bien que les enjeux politiques de la région dépassent largement le cadre d'une simple manifestation sportive, fut-elle olympique. Le choix de Sotchi corrobore en effet la volonté du gouvernement russe de créer un nouveau pôle dans le Caucase en profitant de la manne faramineuse qui se cache derrière le contrôle des flux d'énergies fossiles dans la région. Cet argument nie aussi la dimension éminemment géopolitique des Jeux Olympiques depuis leur création pendant l'Antiquité, en plus d'oublier que ce sont ces mêmes motifs géopolitiques qui ont poussé la presse et la classe politique occidentale à rivaliser de discrétion lors de l'épisode du Grand Prix de Formule 1 de Bahreïn, en 2010. La logique suit donc la conscience et la cohérence dans la fosse commune de la sincérité intellectuelle.


Je terminerai en alertant le lecteur sur cet article du Nouvel Obs, rédigé au lendemain des festivités d'ouverture des Jeux, avec un ordre à peine camouflé faisant office de titre "SOTCHI 2014. Pollution, corruption, expropriations : ces JO sont une farce, ignorons-les." et une menace en conclusion, que je me permets de bien isoler du reste du paragraphe pour souligner l'incroyable dérapage qu'il cristallise :

"A vous de choisir votre camp."

Pour ma part, je m'autorise simplement à rappeler que ce n'est pas avec les tripes qu'on a inventé le schmilblick et invite tout un chacun à prendre du recul avant de sauter sur une quelconque conclusion, surtout quand votre interlocuteur, fut-il un organisme de presse, mélange allègrement Logos et Pathos.


Fyldar Jones
Sexssayiste formalisé

Photo : Extrait de la cérémonie d'ouverture des jeux.

Contexte : Les Jeux Olympiques de Sotchi arrivent à leur terme, libérant ainsi les mains du gouvernement russe dont les observateurs attendent désormais la réponse sur le terrain sur les dossiers syrien et ukrainien. Rappelons que la plupart des dirigeants occidentaux impliqués dans ces deux conflits ont boycotté la manifestation, ce qui n'a pas empêché leurs athlètes de briller sur le plan sportif.